Écrire et dessiner avec les yeux

mardi 12 mars 2013
par  André Boucq
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Écrire et dessiner avec les yeux

Un chercheur français a mis au point un système pour écrire et dessiner sur un écran d’ordinateur grâce aux mouvements des yeux. Cette invention pourrait notamment améliorer la communication des personnes paralysées. Une expérimentation est actuellement menée à Paris sur des patients atteints de sclérose latérale amyotrophique.

Pourrons-nous Demain écrire simplement en bougeant nos yeux ? Ce rêve qui hier semblait relever de la science fiction apparait aujourd’hui beaucoup plus accessible. Jean Lorenceau, chercheur cnrs au Centre de recherche de l’institut du cerveau et de la moelle épinière, a mis au point un dispositif innovant baptisé Eol (Eyes on line). Il permet d’écrire et de dessiner en contrôlant le tracé par l’ondoiement des yeux. Une prouesse jusqu’alors jugée impossible. « Certains procédés existent déjà et permettent d’enregistrer la position des yeux et de les restituer sur une image, explique Jean Lorenceau. Cela peut, par exemple, être utilisé pour analyser la manière dont le public perçoit une publicité. Cette méthode est aussi en œuvre dans les techniques de communication par le regard dans laquelle le sujet pointe sur une lettre avec les yeux. La nouveauté avec Eol, c’est de mettre le mouvement oculaire au service de l’action. Il est désormais possible d’apprendre à bouger les yeux sur un support particulier pour écrire des lettres ! ».

Illusion optique

Pour mettre au point ce procédé, le scientifique a utilisé l’oculomètre, appareil déjà connu qui capte les déplacements oculaires grâce à une caméra. Il a également dû trouver une astuce pour permettre à l’œil de tracer des lignes continues. Car si nos yeux ont la faculté de suivre un objet qui se déplace, ils ne sont pas capables d’effectuer un tracé lisse et régulier devant un arrière-plan statique. En effet, ils se déplacent par une succession de saccades irrégulières. Jean Lorenceau s’est donc appuyé sur une illusion visuelle nommée reverse-phi (ci-dessous). Celle-ci produit une sorte d’appui mobile sur l’écran et aide les yeux à réaliser des mouvements réguliers. Ainsi, assise devant son écran, la personne reproduit des mots en bougeant ses yeux sur ce fond. Le tracé est ensuite restitué avec un léger temps de décalage afin d’éviter de déconcentrer le regard. Pour maitriser ce processus deux à quatre sessions d’entraînement d’une demi-heure sont nécessaires. « C’est comme pour un jeune pianiste qui apprend à jouer et qui doit assimiler de nouvelles positions avec ces doigts », compare Jean Lorenceau. Selon le CNRS, une personne entraînée peut écrire avec ses yeux à une vitesse similaire à une écriture manuscrite. Jean Lorenceau travaille actuellement en collaboration avec la Pme Pertech ba-sée à Mulhouse pour créer un prototype léger et facile à transporter. Celui-ci de-vrait se présenter sous forme d’une paire de lunettes munie d’une petite caméra. L’instrument est également en cours d’ex-périmentation pour deux ans à la Pitié Salpêtrière à Paris auprès de patients at-teints de sclérose latérale amyotrophique. Cette maladie dégénérative du système nerveux central d’évolution progressive entraîne une perte d’autonomie et une paralysie des muscles dont celui de la langue. Le dispositif vise ainsi à améliorer la communication des malades. « L’expérience nous montrera dans un premier temps si l’appareil représente un véritable intérêt auprès des patients, explique le chercheur. Ensuite, elle nous permettra de savoir s’il est commercialisable et à quel coût ».

Pas de faux espoirs

« Il faut être prudent et ne pas susciter de faux espoirs, explique Jean Lorenceau. Écrire avec le regard demande un geste précis des yeux, il faut donc que l’utilisateur ait une oculomotricité en bonne condition ». Ainsi les personnes atteintes du Locked-in syndrome (le syndrome d’enfermement) ne pourront probablement pas bénéficier de ce dispositif. Selon le chercheur, Eol pourrait avoir une multitude de fonctions. « Les sportifs pourraient être intéressés pour développer la maitrise du mouvement des yeux, ce qui peut être utile dans un sport comme le tennis, par exemple ». Il évoque aussi de manière hy-pothétique une probable utilité pour des métiers où la précision est primordiale comme les chirurgiens, qui pourraient entraîner leur oculomotricité grâce à l’appareil. « Ces idées sont spéculatives, précise Jean Lorenceau. Il reste beaucoup de travail à accomplir ».

Le saviez-vous ?

Découverte par un Américain en 1970, l’illusion visuelle « reverse-phi » se produit quand une centaine de disques, dont la luminance varie, s’affichent sur un écran. Quand notre regard se déplace sur ce fond clignotant, nous avons l’impression que les disques bougent. Comme l’œil humain est capable de suivre avec précision des objets mouvants, le déplacement illusoire des disques induit par le mouvement des yeux donne à ceux-ci une sorte d’appui leur permettant de réaliser des trajectoires régulières et non saccadées. Cette illusion qui n’avait jusqu’à présent aucune applica-tion sert désormais de fond pour reproduire des lettres avec les yeux



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mardi 30 avril 2013 à 16h36, par  mikee

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