Les thérapies cellulaires à l’étranger

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samedi 2 janvier 2010
par  André Boucq
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Les thérapies cellulaires à l’étranger, en particulier les procédures au Portugal et la Chine. Ces thérapies restent controversées parce que leurs résultats sont en grande partie non publiés. Ces thérapies sont coûteuses, de 20,000 $ à 50,000 $, et comprennent des risques. Pour le moment, le site du Dr Young est une des sources pour les patients avec des mises à jour sur le suivi des patients après la chirurgie.

Young, 55 ans, né à Hong-Kong et a grandi là-bas et au Japon, a été le dernier docteur de l’acteur Christopher Reeve. Il a aidé à mener une étude en 1990 qui a fait date et est devenue la norme de soin pour le traitement immédiat des blessures de la moelle épinière. Il a démontré que des hautes doses de methylprednisolone, un médicament stéroïdien, préservait environ 20 pour cent des fonctions motrices et sensorielles quand il était administré tôt après une lésion de la moelle épinière.

Cette étude "a été le point de départ de ma radicalisation" parce que cela a pris si longtemps pour convaincre les centres médicaux de l’intérêt d’administrer ce médicament, dit Young. Leur absence de réaction a été pour moi comme "une douche à l’eau froide."

Plus récemment, Young a été impliqué dans la recherche sur un nouveau médicament, Fampridine-SR, ou 4-AP (4-aminopyridine). Il "aide à augmenter la conduction nerveuse" après une blessure médullaire, dit-il. Le médicament, produit par Acorda Therapeutics, bloque les canaux potassium qui « fuient » dans les cellules nerveuses voisines, causant des court-circuits. La fermeture de ces canaux permet aux cellules nerveuses de transmettre des impulsions à nouveau. Young est dans le conseil d’administration de cette société.

Il est marié avec deux enfants, il est professeur et dirige le Département de Biologie Cellulaire et de Neuroscience à l’Université Rutgers au New-Jersey (USA). Il a obtenu son diplôme médical à l’Université Stanford à Palo Alto (Californie), et son doctorat en physiologie et biophysique à l’Université de l’Iowa.

Young était à Ypsilanti à la fin avril pour faire un discours au « Connection to SCI Cure », un symposium qui dure toute une journée, parrainé par l’Université du Michigan. Ce qui suit est extrait d’une interview d’une heure qui a suivi son discours-programme.

QUESTION : Les gens sont très impatients de savoir quand les expérimentations cliniques avec certaines thérapies de cellules souches commenceront aux Etats-Unis. Quel calendrier prévoyez-vous ?

RÉPONSE : Les cellules souches embryonnaires prendront quelque temps. Il y a deux problèmes principaux qui doivent être résolus avec les cellules souches embryonnaires. Nous avons besoin de très bons tests afin d’écarter la possibilité de cancer. Ces données ne sont pas encore disponibles. Bien que d’autres pays puissent être plus disposés à courir des risques de cette nature, aux Etats-Unis ce serait moins acceptable. Je pense que cela causera un retard. La FDA (Food and Drug Administration) voudra des données de sécurité approfondies. Elles devront être réunies.

Le problème est que nous n’avons pas les cellules pour travailler et réunir des données. Et même avec les 22 lignées cellulaires nous avons (les lignées de cellules embryonnaires autorisées par le Président George W. Bush), le travail est vraiment lent. J’attends du New-Jersey et de la Californie de mettre des financements dans cela. Ces ressources d’États excèdent déjà les ressources fédérales (dans la recherche sur les cellules souches). J’ai bon espoir de voir les progrès de la recherche résoudrent un problème principal : obtenir des tests efficaces et fiables.

Toutes les équipes de recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines se spécialisent dans l’étude des lignées de cellules souches existantes. Ils ne créent pas de nouvelles lignées cellulaires. Ainsi, bien que l’expérimentation clinique continue, on a besoin d’un centre capable de produire de nouvelles lignées. Il pourrait y avoir une douzaine d’États avec de tels centres. Il faudra deux à trois ans avant que ces centres fonctionnent et soient vraiment opérationnels.

Q : Vous trouvez beaucoup de collaborations ou à l’opposé : des guerres de chapelles ?

R : Les scientifiques collaborent. Les batailles les plus rudes que j’ai vues entre scientifiques tournaient autour de deux questions : les honneurs et l’argent. Chaque journaliste avec qui j’ai parlé m’a demandé : Est-ce que ceci est répandu et est-ce que ces programmes d’État amènent-ils de la division entre eux ? Je ne vois pas cela du tout. En Californie, il y a 30 établissements rivalisant pour le même argent. Je peux vous garantir qu’il y a plus de compétition là-bas, qu’il y en a entre le New-Jersey et la Californie. Nous pouvons les aider. Ils acceptent notre offre. La compétition n’est pas là. Nous ne sommes pas assez nombreux pour rivaliser.

Q : Pensez-vous que des financements arriveront au New-Jersey ?

R : Nous avons un gouverneur très fortement actif. Richard Codey a engagé 150 millions $ des fonds de l’État pour construire un centre de recherches sur les cellules souches. Nous essayons aussi de promouvoir un référendum à propos du vote en novembre qui va déterminer si l’État doit émettre des obligations afin de financer des subventions pour la recherche sur les cellules souches. Il peut ne pas y avoir assez de voix à l’assemblée pour adopter le référendum, donc tous les groupes de pression se pressent autour de Trenton.

Les groupes contre l’avortement et l’Église catholique et plusieurs autres groupes ont essentiellement vu le New-Jersey comme un champ de bataille où ils imposeraient leur ligne. Si le New-Jersey autorisait ces recherches, ils craignent que les autres États fassent de même. Donc, ils déversent ici des troupes et de l’argent pour stopper ce référendum. La politique est la politique. C’est celui qui parle le plus fort qui l’emporte.

Q : Dites-nous ce que vous savez de la Chine et du travail fait avec les cellules gliales olfactif engainantes (OEGs) par le docteur Hongyun Huang. (les OEGs ne sont pas des cellules souches, mais des cellules du bulbe olfactif employées dans la thérapie cellulaire. Ces cellules ont des propriétés protectrices qui aident la croissance et les connexions nerveuses).

Pendant votre discours, vous avez décrit les OEGs comme "des cellules naturellement migrantes" capables de former de la myéline protectrice engainant les cellules nerveuses. Vous avez mentionné que vous avez entendu parler de seulement trois morts sur plus de 500 procédures. Que s’est-il passé pour eux ?

R. Je me référais aux morts chez des patients avec lésion de la moelle épinière. Il doit y en avoir aussi 10 chez des patients avec SLA (sclérose latérale amyotrophique), mais je n’en suis pas sûr.

Q : Qu’est-ce qui distingue les gens qui répondent à cette thérapie et ceux qui ne le font pas ?

R : J’essaie de dire aux gens de ne pas attendre de miracles. Docteur Huang ne fait pas correspondre les groupes sanguins des donneurs (pour transplanter) des receveurs. Il prévoit juste la chirurgie pour l’obtention des cellules de foetus. Ce n’est alors pas possible d’être compatible, ou c’est très difficile. Vos chances d’avoir une compatibilité sont 1 pour 10.000, donc docteur Huang ne veut pas gaspiller du temps à trouver une correspondance. Quand ces cellules sont disponibles, il les transplante. Il dit, mais personne ne le sait avec certitude, qu’il y a des cellules souches à l’intérieur. On ne peut pas le dire. Car on ne sait pas quels types de cellules sont rejetées. Les données suggèrent que les patients obtiennent quelques premières récupérations, et qu’ensuite ils se stabilisent. Après plusieurs mois, très peu de patients continuent à s’améliorer.

Q : Ces patients font-ils beaucoup de kinésithérapie après pour maximiser les bénéfices de la chirurgie ?

R : C’est extrêmement variable. La plupart n’ont pas de kinésithérapie suivie. Et il y a une réelle différence si vous allez en rééducation. Ils sont fortement motivés. La motivation fait la différence.

Q : Êtes-vous d’accord avec le patient qui a dit aujourd’hui avoir parlé aux gens qui sont allés en Chine, et qu’une moitié d’entre-eux ont eu des améliorations et l’autre moitié non ? Et en ce qui concerne l’autre orateur qui a dit qu’il n’a obtenu que très peu d’avantages outre une meilleure respiration ?

R : Dans ma présentation, j’ai montré les résultats de 171 patients (d’une étude publiée par Huang dans un journal chinois). Il y avait une amélioration moyenne d’un ou deux muscles, et de 13 à 25 points sensoriels. Dans des patients plus agés, c’était 24 points. Donc la réponse sensorielle est tout à fait cohérente. La question est : est-ce qu’il valable de subir cela juste pour récupérer quelques sensations ? Je peux dire que la réponse motrice, en moyenne, est de un niveau. Est-ce valable ? C’est la récupération moyenne. Certaines personnes obtiennent moins et d’autres plus.

Q : Est-ce que l’âge, ou quelque chose d’autre, affecte la réponse à la chirurgie ?

R : Je ne vois aucune différence avec le temps après la blessure, l’âge ou le sexe du patient. Cependant, il y a relativement peu de femmes (allant en Chine). Quatre-vingts pour cent sont des hommes. Il n’y a juste pas assez de données pour le dire.

Q : Vous avez aussi exprimé des réserves sur la chirurgie d’autogreffe spinale au Portugal.

R : Je dis juste que je ne suis pas convaincu que les récupérations observées soient dues aux cellules souches ou aux cellules OEGs. L’équipe de Lisbonne a transplanté du tissu de la muqueuse nasale du patient lui-même dans sa moelle épinière. Ce tissu contient beaucoup de types de cellules, incluant probablement des cellules souches et des cellules OEGs, mais il n’est pas prouvé que ces types de cellules survivent à la transplantation ou bien contribuent au rétablissement des patients.

Il est important de continuer cette recherche et je soutiens cette recherche. Par contre, j’ai de la difficulté avec deux choses et je l’ai dit publiquement, notamment avec le fait qu’ils enlèvent un morceau de moelle épinière lors de l’opération. Cela peut augmenter le tissu cicatriciel (N.duTr : à cause des fibroblastes). J’ai demandé au docteur Carlos Lima (de l’équipe de Lisbonne) : "Pourquoi enlevez-vous un morceau de la moelle épinière ?" Et il m’a répondu : "Afin d’enlever le tissu de la cicatrice." Et j’ai donné suite en disant : "Comment savez-vous que c’est du tissu de cicatrice ?" Il a dit : "Nous le savons." Il a montré des échantillons de tissus qu’il a enlevé et il y a des axones dedans. Les axones sont les fibres nerveuses dans la moelle épinière qui conduisent les impulsions. La présence d’axones dans les échantillons de moelle épinière enlevés suggère que l’équipe a enlevé quelques fibres nerveuses de la moelle épinière.

Je pense qu’on peut appliquer cette procédure surtout dans des patients complets, car ces gens n’ont aucune sensation au-dessous de la blessure. Ces patients n’ont pas beaucoup à perdre. D’autre part, nous n’avons pas les données de tous ses patients.

Q : Docteur Lima a dit qu’il a exécuté la chirurgie sur 52 patients et que tous se sont améliorés, bien que quatre d’entre-eux aient développé des problèmes provisoires ou une perte de sensation.

R : Il dit que tous se sont améliorés, mais il ne fait pas l’examen standard et il n’est pas un docteur spécialiste des lésions de la moelle épinière. Je suis consterné par le fait qu’il estime pouvoir enlever des parties de la moelle épinière. Je lui ai aussi demandé s’il a eu des décès. Il dit qu’il n’en a eu aucun. On m’a aussi dit que le neurochirurgien (docteur Pratas Vital) qui réalise l’opération est très bon. Je le respecte. Mais j’ai conseillé à chacun, avant qu’ils n’aillent au Portugal, de poser ces questions critiques.

J’ai parlé à quatre ou cinq personnes qui sont allées au Portugal et qui postent régulièrement (sur CareCure). Un jeune homme dit qu’il a obtenu le retour de beaucoup de sensation et de fonctions motrices. J’hésite à le mettre en doute. Il est clair qu’il est très convaincu de s’être amélioré. Je dis aux gens de demander aux docteurs combien de tissu ils enlèverons et quel est le critère pour cela ?

Q : Vous étiez le docteur de Christopher Reeve. Vous avez mentionné comment il vous a appris à ne pas avoir peur d’employer le mot "guérison". Comment a-t-il influencé votre propre philosophie ?

R : "Guérison" n’est pas un mot qui vient facilement à un scientifique. Vous ne voulez pas promettre quelque chose que vous ne pouvez pas tenir. Ce dont Christopher m’a convaincu est que le principal problème est l’espoir. Nous n’avions pas d’espoir. Nous devions surmonter cet obstacle à l’espoir.

Le nouvel obstacle est l’argent. J’ai commencé à utiliser le mot "milliards". C’est ce dont nous avons besoin. Les gens ont le souffle coupé quand ils entendent cela. Nous avions placé nos objectifs si bas que nous aurions été extasiés si nous avions reçu 100 millions $ en plus. En attendant, regardez le SIDA. George Bush, malgré le déficit budgétaire énorme, a engagé l’année dernière 10 milliards $ pour le SIDA en Afrique. Si nous n’osons pas demander, nous n’obtiendrons rien.

Q : Quel est ce Réseau pour les lésions de la Moelle épinière que vous essayez de lancer en Asie ?

R : Nous établissons un réseau d’expérimentations cliniques. Nous collaborerons avec des expérimentations cliniques contrôlées et espérons commencer dès 2006.

Q : Ces études évalueront-elles différentes thérapies cellulaires ?

R : Oui. En Chine, il n’y a aucune possibilité de faire des essais cliniques contrôlés avec placebo (études dans lesquelles un groupe reçoit le traitement et l’autre un placebo). Si vous annoncez cela, les gens disent qu’ils ne veulent pas participer. Aussi, il nous a été dit que les chirurgies simulées (fausses opérations dans le but d’avoir un groupe de comparaison pour l’étude) est illégal là-bas. Ils pensent que c’est contraire à la morale. Donc la chose que nous pourrons faire sera de comparer l’efficacité des cellules souches de moelle osseuse avec les cellules olfactives OEGs. C’est légitime.

Toutes les preuves suggèrent aujourd’hui que les cellules transplantées seules fonctionnent juste un peu. Mais si on ajoute des facteurs de croissance ou des anti-inhibiteurs de croissance, on obtient de bien meilleurs résultats. Donc, tous les patients recevront l’une ou l’autre greffe de cellules, et ensuite en plus, nous les randomiserons avec une ou deux autres possibilités.

Q : Des patients américains seront-ils acceptés ?

R : Ce n’est pas moi qui décidera, ce sont les chinois.


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