Sécrétion salivaire trop abondante avec la SLA

samedi 7 janvier 2012
par  André Boucq
popularité : 100%

Sécrétion salivaire

La salive est un liquide biologique produit par les glandes salivaires à l’intérieur de la bouche (les glandes parotides, responsables d’une salive séreuse et liquide ; les glandes sous-maxillaires, et les glandes sublinguales qui sécrètent une salive séromuqueuse plus épaisse).

De très nombreuses glandes salivaires appelées « accessoires » tapissent toute la bouche et sécrètent plutôt une salive épaisse muqueuse. Les glandes parotides sont situées devant l’oreille, ce sont les glandes salivaires les plus volumineuses. Les glandes sous-maxillaires et sublinguales sont situées dans le plancher de la bouche. Les glandes salivaires accessoires sont situées à l’intérieur des lèvres.

Soixante-dix pour cent de la salive proviennent des trois grosses glandes et 30 % des glandes salivaires accessoires. Le contrôle de la sécrétion salivaire est assuré par le système nerveux autonome. Ce dernier, également appelé « végétatif », est un système qui permet de réguler différentes fonctions automatiques de l’organisme (digestion, respiration, circulation artérielle et veineuse, pression artérielle, sécrétion et excrétion). Ainsi, ce contrôle, ou l’innervation des glandes salivaires, est mixte : cholinergique pour le système nerveux parasympathique (responsable d’une sécrétion abondante et fluide), et noradrénergique pour le système nerveux orthosympathique (responsable d’une sécrétion salivaire peu abondante et visqueuse). La sécrétion salivaire est également contrôlée par des hormones, substances produites par une glande ou par un tissu et transportées par le sang pour agir sur un organe ou sur un autre tissu situé à distance.

La posthypophyse, une glande située à la base du cerveau, sécrète des hormones qui diminuent la sécrétion salivaire. L’aldostérone est une hormone fabriquée par les glandes surrénales, situées à côté des reins, qui augmente la sécrétion salivaire. Les facteurs environnementaux (stimulation acide dans la bouche, mastication) contrôlent également la quantité de salive sécrétée. Le rôle de la salive est multiple : l’humidification de l’intérieur de la bouche, la défense de la bouche contre les lésions des muqueuses et des dents, favoriser la digestion et la déglutition, participer à la gustation car elle dissout les substances, un rôle antiseptique pour détruire les infections, et un rôle de protection de l’œsophage.

Situations cliniques

Chaque jour, 1 000 à 1 500 mL de salive sont fabriqués. La production salivaire au repos est de 100 mL et peut devenir jusqu’à 10 fois plus abondante lors des stimulations. Certains médicaments peuvent également augmenter la quantité de salive (certains traitements pour l’épilepsie, pour la douleur, pour la maladie d’Alzheimer, etc.). Le dérèglement exact à l’origine de l’hypersalivation n’est pas connu. Dans le cas d’un problème neurologique, il s’agit plus souvent d’une difficulté pour fermer la bouche, liée à une faiblesse des muscles et des troubles pour déglutir la salive, plutôt que d’une augmentation de la sécrétion de salive. Les patients sont incapables d’avaler la salive assez rapidement pour en prévenir l’écoulement par la bouche s’il y une quantité importante.

Les maladies neurologiques figurent parmi les causes les plus fréquentes d’hypersalivation (70 % des patients atteints de maladie de Parkinson [maladie neurodégénérative qui altère le contrôle des mouvements], 10 à 40 % des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale ou paralysie cérébrale ainsi que de retard mental, et un pourcentage indéterminé de patients souffrant de sclérose latérale amyotrophique [maladie neurodégénérative qui touche la force des muscles volontaires ou de tétraplégie, liée à une lésion de la moelle épinière]).

L’hypersalivation entraîne des complications physiques telles qu’une irritation autour de la bouche, des surinfections (au niveau de la peau, de la bouche ou des poumons), une déshydratation, une gêne au moment des repas, une aggravation des risques de fausse-route et des complications psycho-sociales avec un isolement de la personne par la détérioration de l’image corporelle (écoulement de la salive sur l’oreiller la nuit, sur les vêtements, sur les mains, d’autres objets à proximité avec la nécessité d’utiliser de façon permanente un mouchoir), et la gêne que cela peut occasionner en public.

Traitements

L’origine exacte de l’hypersalivation étant mal définie, son traitement n’en est que plus complexe. Aucun des traitements actuellement proposés pour l’hypersalivation n’a eu une autorisation de mise sur le marché dans cette indication-là, et les preuves scientifiques sont faibles. Il n’existe aucune étude comparative entre les différents agents utilisés.

Dans un premier temps, pour les symptômes modérés, il est possible d’utiliser des thérapies comportementales comme la méthode du « biofeedback » (le patient s’entraîne à associer une déglutition ou l’essuyage du visage lors d’un signal sonore) ou de l’acupuncture. On propose également une prise en charge orthophonique, discipline paramédicale traitant du dépistage, du bilan et de la rééducation des troubles de la voix, de la sphère bucco-faciale, et de la déglutition pour entretenir les capacités de déglutition du patient.

Pour les symptômes plus marqués, plusieurs choix de traitement sont possibles, en plus de la prise en charge orthophonique. Il s’agit de traitements oraux, sous forme de comprimés ou de gouttes. On utilise, la plupart du temps, les effets secondaires de certains médicaments pour diminuer la quantité de salive comme les bêtabloquants, l’atropine, le patch de scopoderm qui agit en traversant la peau (application transcutanée)

Si le trouble est sévère et reste gênant malgré les moyens de prise en charge cités ci-dessus, un certain nombre de traitements exceptionnels peuvent être proposés tout en tenant compte des éventuels effets secondaires possibles.

L’irradiation locale des glandes salivaires peut être proposée chez des sujets qui ne tolèrent pas les traitements par la bouche ou en patch. Les rayons entraînent une sécheresse buccale qui peut durer de quelques mois à quelques années. Ce traitement peut être également proposé en tant qu’alternative à l’injection de la toxine botulique chez certains patients.

L’exérèse des glandes salivaires principales et la ligature des canaux salivaires sont des traitements définitifs de l’hypersalivation. L’ablation du système nerveux autonome des glandes salivaires par la section du nerf (neurectomie) par voie transtympanique est réversible au bout de quelques mois lors de la régénération des fibres nerveuses.

Des injections de toxine botulique au niveau des glandes parotides et/ou sous-maxillaires se sont avérées bénéfiques, avec des effets qui sont maintenus pendant 4 à 16 semaines, par le blocage du système cholinergique (cf. sécrétion salivaire). Il est possible de renouveler les injections au plus tôt tous les trois mois. L’injection par voie sous-cutanée, sous contrôle échographique et éventuellement sous anesthésie locale (patch Emla), est facilement réalisable.

Évaluation

Il n’existe pas de méthode quantitative objective pour mesurer la production de salive. On peut utiliser des échelles visuo-analogiques, en déplaçant un curseur sur une ligne, pour quantifier la salivation ou l’amélioration de la gêne du patient. Cela permet de recueillir des informations sensibles aux effets du traitement à différents moments chez un même patient. On peut également demander à l’orthophoniste de réaliser régulièrement des bilans avant et après l’instauration du traitement.

Conclusion

L’hypersalivation est une source de gêne importante chez le patient et il est important de le prendre en charge avec les différents traitements. En fonction de chaque patient, telle ou telle thérapeutique sera mieux tolérée, tout en tenant compte des effets secondaires possibles.

Pour en savoir plus

[Costa et al., 2008] Costa J, Rocha ML, Ferreira J, Evangelista T, Coelho M, de Carvalho M. Botulinum toxin type-B improves sialorrhea and quality of life in bulbaronset amyotrophic lateral sclerosis. J Neurol 2008 ; 255 : 545-50. [Couratier et al., 2004] Couratier P, Perna A, Mabrouk T. Traitements symptomatiques. SLAII – une approche multidisciplinaire. Paris : Expressions Santé, 2004 ; : 21.

[Neppelberg et al., 2007] Neppelberg E, Haugen DF, Thorsen L, Thysnes OB. Radiotherapy reduces sialorrhea in amyotrophic lateral sclerosis. Eur J Neurol 2007 ; 14 : 1373-7.

[Postma et al., 2007] Postma AG, Heesters M, van Laar T. Radiotherapy to the salivary glands as treatment of sialorrhea in patients with parkinsonism. Mov Disord 2007 ; 22 : 2430-5.

[Tysnes, 2008] Tysnes OB. Treatment of sialorrhea in amyotrophic lateral sclerosis. Acta Neurol Scand Suppl 2008 ; 188 : 77-81.



Commentaires  (fermé)

Logo de Carole
mercredi 5 février 2014 à 02h13, par  Carole

à quel endroit peut-on faire les traitements pour des injections de toxine botulique des glandes parotides et/ou sous-maxilaires.

Merci à l’avance,

La personne demeure à Québec.

Logo de marie
mardi 31 décembre 2013 à 17h16, par  marie

J’ai été sous Laroxyl pendant presque 2 mois (pour une névralgie d’Arnold). Au bout d’un mois de traitement, la névralgie d’Arnold s’est bien arrangée, mais sont apparus des problèmes de salive trop abondante, salive au goût bizarre, salé, métallique et qui dégrade fortement le goût des aliments. J’ai pensé que c’était lié au Laroxyl et comme ça devenait vraiment problèmatique, j’ai arrêté le traitement ; malheureusement, les problèmes de salive n’ont pas disparu ; certes ils se sont légèrement atténués mais restent très gênants. Pensez-vous qu’ils soient liés effectivement au Laroxyl et qu’ils vont finir par disparaître avec l’arrêt du traitement ? Auriez-vous d’autres solutions ?

Logo de André Boucq
mercredi 18 juillet 2012 à 16h41, par  André Boucq

Je ne peux vous répondre, mais vous pouvez suivre ce lien qui parle des effets secondaires !!!!!!!!!
http://www.baclofene.com/index.php?p=topic&t_id=1110

Logo de bernard
mercredi 18 juillet 2012 à 16h20, par  bernard

bonjour, votre article est trés interessant,
Je suis sous baclofene depuis le 14 mai (pour traiter un problème d’ alcool)
a 15mg et maintenant à 110mg et mes probleme de hyper salivation sont apparus depuis mi juin, ma question est le baclofene peut il intervenir dans l’yper salivation ?

merci pour votre réponse

Navigation

Articles de la rubrique

  • Sécrétion salivaire trop abondante avec la SLA